Mince, j’ai croqué la fève ! Aïe ma dent ! 

Les dents fissurées constituent une pathologie fréquente mais encore trop souvent sous-diagnostiquée en pratique clinique. Elles peuvent être responsables de douleurs parfois intenses, de sensibilités inexpliquées et, à un stade avancé, de complications pulpaires ou parodontales pouvant compromettre le pronostic de la dent.  

Le stress, le bruxisme et certaines habitudes parafonctionnelles jouent un rôle majeur dans leur apparition, parfois engendrée de façon brutale… après avoir croqué une fève. Une prise en charge précoce et adaptée est essentielle pour soulager la douleur, préserver la fonction masticatoire et éviter l’évolution vers des lésions irréversibles. Comprendre les mécanismes, savoir reconnaître les signes cliniques et maîtriser les options diagnostiques et thérapeutiques permet d’informer le patient, d’optimiser le traitement, et d’assurer la pérennité de la dent à long terme. 

Une dent fissurée correspond à une fracture incomplète de la structure dentaire. La fissure débute généralement au niveau de la surface occlusale et progresse vers la racine, sans séparation complète de la dent. Elle peut rester limitée à l’émail, s’étendre à la dentine, atteindre la pulpe ou, dans les cas les plus sévères, se prolonger jusqu’au parodonte. Lorsque la fissure descend sous la ligne gingivale, le pronostic devient plus réservé et la restauration plus complexe. 

Les dents fissurées sont souvent causées par des traumatismes directs ou par des contraintes occlusales excessives. Le bruxisme (grincement ou serrement des dents), fréquemment lié au stress psychologique, représente l’un des principaux facteurs étiologiques. D’autres facteurs prédisposants incluent les restaurations dentaires antérieures, les préparations cavitaires, la morphologie dentaire, l’usure cervicale, les parafonctions et les traumatismes répétés. Le stress chronique, notamment observé durant la pandémie de Covid-19, a contribué à une augmentation notable des cas. 

Cliniquement, une dent fissurée peut être symptomatique ou asymptomatique. Les patients rapportent souvent une douleur à la mastication, en particulier lors du relâchement de la pression, ainsi qu’une sensibilité au froid ou aux aliments sucrés. Des antécédents de bruxisme, de douleurs musculaires faciales, de troubles de l’articulation temporo-mandibulaire ou de perte de restaurations peuvent être présents. 

Le diagnostic repose sur l’anamnèse, l’examen clinique et des tests complémentaires. L’utilisation du tooth sleuth permet de reproduire la douleur lors de la morsure. La transillumination est également un outil précieux : la présence d’une fissure empêche la transmission homogène de la lumière à travers la dent. Un diagnostic précoce est déterminant pour limiter la progression de la fissure.

Les fissures peuvent être verticales ou obliques et évoluer progressivement. Une fissure limitée à l’émail peut rester stable, tandis qu’une fissure atteignant la dentine ou la pulpe peut entraîner une inflammation pulpaire. Lorsque la fissure s’étend au parodonte, le risque de perte osseuse et d’infection augmente. Une dent fissurée non traitée peut évoluer vers une dent fendue, voire une fracture radiculaire verticale, souvent difficile à diagnostiquer et de mauvais pronostic. 

Le traitement dépend de l’étendue et de la localisation de la fissure. Si la pulpe est atteinte, un traitement endodontique suivi de la pose d’une couronne est généralement indiqué afin de stabiliser la dent et prévenir la propagation de la fissure. Lorsque la fissure s’étend sous la gencive, les options restauratrices deviennent plus limitées et complexes.

Malgré un traitement approprié, certaines fissures peuvent continuer à progresser. La pose d’une couronne offre une protection maximale, sans toutefois garantir le succès à long terme. Dans ce cas, le patient doit être informé d’un pronostic réservé.

Bien que les dents fissurées ne puissent être totalement évitées, certaines mesures préventives permettent de réduire le risque. Il est recommandé d’éviter la mastication d’objets durs, de limiter le stress, de traiter le bruxisme par des gouttières occlusales et de porter des protections lors d’activités sportives. Des contrôles dentaires réguliers permettent une détection précoce des fissures et une intervention rapide.

Source : fiche conseil FDI, 2022 : Syndrome de la dent fissurée – Fiche de conseils à destination des chirurgiens-dentistes et des équipes dentaires. Lien : https://www.fdiworlddental.org/sites/default/files/2022-07/FDI%20Cracked%20Tooth%20Syndrome.pdf